Nos voeux pour la Martinique - La Fierté Martiniquaise
- clementvuillemenot
- 21 janv.
- 5 min de lecture

En cette année nouvelle, je forme pour notre territoire un vœu qui me tient profondément à cœur : celui d'une réconciliation profonde avec nous-mêmes. Une réconciliation avec notre histoire, avec notre identité, avec tout ce qui fait de nous ce peuple unique au cœur de la Caraïbe.
Permettez-moi de vous poser une question essentielle : comment un peuple peut-il se projeter sereinement dans l'avenir s'il ne connaît pas, s'il ne comprend pas, s'il n'assume pas pleinement les racines qui le nourrissent ? Notre identité martiniquaise, singulière et complexe, n'est pas un fardeau du passé à traîner honteusement. Non ! Elle est au contraire le moteur même de notre projet collectif, la source vive de notre créativité, la force qui nous permettra de nous élever.
Regardons la vérité en face : pendant trop longtemps, on nous a fait croire que nous devions choisir entre notre héritage culturel et notre modernité, entre notre langue créole et le français, entre nos traditions et le progrès. On nous a imposé cette fausse dichotomie qui a fracturé notre conscience collective. Aujourd'hui, nous disons avec force : nous refusons ce choix impossible !
Notre diversité, loin d'être un obstacle, constitue la richesse même de notre pays. Nous sommes les héritiers des peuples amérindiens qui ont foulé cette terre en premiers, des Africains arrachés à leur continent et qui ont su, malgré l'horreur de l'esclavage, préserver et transmettre une culture vibrante, des Européens venus ici dans des circonstances diverses, des Indiens, des Chinois, des Syro-Libanais qui ont tissé avec nous les fils de cette société créole unique. Cette mosaïque fait notre force, pas notre faiblesse.
Mais soyons clairs : nous ne sommes pas des passéistes. Nous ne voulons pas figer la Martinique dans un folklore figé ou une nostalgie stérile. Ce que nous voulons, c'est que chaque Martiniquais, qu'il ait 8 ans ou 80 ans, puisse marcher la tête haute, fier de son identité, conscient de son histoire, capable de dialoguer d'égal à égal avec le monde entier. Car c'est précisément cette conscience de soi qui nous donnera la confiance nécessaire pour affronter les défis de demain.
À travers nos résolutions 5, 7 et 8, nous nous engageons dans un combat de longue haleine, mais ô combien nécessaire. Nous voulons une Martinique qui assume toute la complexité de son histoire, sans amertume mais avec une exigence absolue de vérité et de justice mémorielle.
Notre résolution 5 affirme notre détermination à défendre, dans toutes les situations où nous le pouvons, la culture, la langue et le territoire martiniquais. Cela signifie concrètement que nous proposerons des moyens tangibles pour protéger ces patrimoines matériels et immatériels, les mettre en valeur et les faire prospérer. Le créole martiniquais n'est pas un dialecte à tolérer : c'est une langue à part entière, vecteur de notre pensée, de notre humour, de notre vision du monde. Nos danses traditionnelles, notre musique, notre artisanat, notre architecture créole : tout cela mérite d'être sauvegardé, transmis, célébré.
Notre résolution 7 proclame notre attachement à l'existence d'une identité singulièrement martiniquaise, riche de toutes les composantes qui l'ont construite au cours de l'histoire. Cette identité n'est pas monolithique, elle n'est pas exclusive. Elle est au contraire inclusive, dynamique, en perpétuelle évolution tout en restant ancrée dans ses fondements.
Et puis il y a la résolution 8, peut-être la plus douloureuse mais aussi la plus nécessaire. Nous reconnaissons et condamnons sans ambiguïté les tragédies qui ont émaillé notre passé. L'esclavage n'est pas un détail de l'histoire : c'est un crime contre l'humanité dont les conséquences se font encore sentir aujourd'hui. La période coloniale, avec sa déshumanisation systématique, les inégalités persistantes qui lui ont succédé, tout cela a laissé des blessures profondes dans le tissu social martiniquais.
Conscients de tout cela, nous ne nous contentons pas de beaux discours. Nous agissons concrètement pour l'effacement des conséquences de ces périodes sombres et pour la construction d'une société véritablement équitable et pacifiée. Cela passe par l'éducation, par la promotion d'une égalité réelle des chances, par la lutte contre toutes les formes de discrimination qui perdurent encore aujourd'hui.
Permettez-moi maintenant de vous présenter quelques-unes des actions concrètes que nous avons menées cette année, car chez La Martinique Ensemble, nous croyons que les actes parlent plus fort que les mots.

La célébration du 22 mai a été pour nous bien plus qu'une commémoration rituelle. Nous avons travaillé avec des historiens, des artistes, des associations pour transformer cette date en un véritable moment de réflexion collective sur la résistance et la liberté. Nous avons organisé des conférences vivantes pour que tous les participants s’intéressent et comprennent cette période difficile, dans sa complexité, dans ses zones d’ombres, et dans ce que celles ci disent de notre présent. Nous avons voulu que cette journée ne soit pas seulement tournée vers le passé, mais qu'elle éclaire notre présent et notre avenir. Car comprendre d'où nous venons nous permet de mieux choisir où nous allons.

Depuis 2022, La Martinique Ensemble met à l’honneur nos compatriotes qui prennent des initiatives, qui osent et qui marquent notre pays par leurs efforts, leur audace et leur courage, à travers la cérémonie YO FE’Y. Cette manifestation est aussi l'occasion de rappeler la place dans notre histoire du riche patrimoine culturel de notre pays.
À travers "Yo Fè'y", nous avons voulu démontrer une vérité trop souvent oubliée : le génie martiniquais n'est pas un mythe, c'est une réalité palpable, mesurable, exportable. Nous avons prouvé que notre identité culturelle n'est pas un frein au développement économique, mais au contraire un formidable levier de différenciation et de compétitivité dont nous pouvons être fiers.

Et puis, il y a nos traditions vivantes, celles qui battent au rythme de notre cœur collectif. En organisant des Chanté Nwèl, en participant activement au Carnaval, nous avons protégé et célébré ce patrimoine immatériel qui cimente le vivre-ensemble entre les générations.
La fierté martiniquaise que nous défendons n'est pas un repli frileux sur le passé, ni un folklore figé destiné aux cartes postales touristiques. C'est au contraire une force vive, dynamique, tournée vers l'avenir. C'est la conviction profonde qu'un peuple qui connaît son histoire, qui assume son identité, qui célèbre sa culture, est un peuple fort, créatif, résilient.
Regardez autour de vous : partout dans le monde, les territoires qui réussissent le mieux sont ceux qui ont su transformer leur singularité culturelle en atout économique et social. Le Pays basque, la Catalogne, le Québec, la Nouvelle-Zélande avec sa culture maorie... Tous ces territoires ont compris que leur identité n'était pas un obstacle à la modernité, mais le fondement même de leur développement distinctif.
La Martinique peut et doit suivre ce chemin. Notre langue créole, notre musique, notre artisanat, notre gastronomie, notre histoire unique : tout cela constitue un patrimoine inestimable que nous devons non seulement préserver, mais faire fructifier. Chaque jeune Martiniquais doit pouvoir grandir avec la certitude qu'il hérite d'une richesse culturelle exceptionnelle, et qu'il a la responsabilité de la transmettre enrichie aux générations suivantes.
C'est cette fierté sereine, confiante, qui nous permettra de dialoguer d'égal à égal avec le reste du monde. Car on ne respecte que ceux qui se respectent eux-mêmes. Et c'est armés de cette fierté que nous construirons la Martinique de demain : une Martinique fière de ses racines et confiante en son avenir.




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